CRUCIS

M’inspirant de l’oeuvre de Bernd et Hilla Becher, j’ai commencé mes “inventaires“ en 2002 avec “Crucis“ qui recense les calvaires et crucifix disséminés dans le Sud-Ouest de la France : Tout près de la maison familiale au coeur des Landes, se dressait un immense crucifix, détail architectural surprenant devenu repère du paysage de mon enfance.

Chaque printemps, j’aidais ma grand mère à fleurir cette croix, pour l’accompagner, le soir venu, à une procession avec les gens du village. 

La tradition s’est perdue, la croix est tombée.

Mon travail d’inventaire s’est ensuite articulé autour de la création d’ex-voto fabriqués avec des matériaux cueillis au pied de ces calvaires, comme une offrande à cette histoire qui s’efface.

« Toute réalité est double, est scindée entre elle-même et son image spéculaire, entre elle-même et ce qui peut se voir d'elle-même dans un miroir ou, par exemple, par le biais d'une photo.
C'est pourquoi Hans Bellmer disait : « un objet identique à lui-même est sans réalité » : un tel « objet » ne serait en effet rien que l’inapparence pure de Dieu ou bien l'un de ces purs fantômes que sont les vampires et dont l'absence de reflets prouve aux esprits positifs qu’ils ne sont que du néant.
Un actuel sans virtuel ne serait pas même un actuel.
L'actualité et la virtualité diffèrent certes l'une de l’autre, mais c'est cette différence qui est constitutive de la réalité. Il n'y a pas d'un côté un modèle réel et de l'autre, séparée de lui, une copie virtuelle.
La photographie n'est pas un art de l'utopie, mais de l'hétérotopie.
Penser, c’est penser les deux ; photographier, c'est faire voir les deux en même temps, à partir de leur différence même.
C’est à quoi peu de photographes parviennent qui restent, au fond, prisonniers de l'image platonicienne de la pensée ou de la géographie mentale inhérente à la théologie.
Mais c'est un quoi parviennent les plus rares le plus créateur et parmi eux, Caroline de Otero, qui ne capte ni ne fixe jamais de l’actuel, mais toujours le lien de l'actuel et du virtuel, la différence donc de l'objet et de son image ou parfois même de l’ « objet » et de son absence d’image.
Il en va ainsi de ses émouvantes photos des objets-symboles de la chrétienté, signes plantés dans les paysages des campagnes et qui accrochent du vide à leur calme et troublante sérénité. »

Marcel Paquet, philosophe

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